Et si on changeait les règles ?

08/04/2020

Pendant cette période exceptionnelle pourquoi ne pas en profiter pour faire des changements exceptionnels ? Qu'est-ce que vous aimeriez changer dans votre foyer ? Dans vos relations avec vos enfants ? Sur vos habitudes ? Parfois, il suffit d'un tout petit changement pour un résultat extraordinaire.

Dans un premier temps, demandez-vous si, vous, cela vous plairait (ou si cela vous plaît) de suivre des règles toutes la journée, sans aucune liberté de vous affirmer, de donner votre point de vue, d'échanger, de montrer votre désaccord, de décider. Non évidemment, ou dites-le moi si je me trompe ! Alors pourquoi imposer à vos enfants des règles, encore des règles et toujours des règles ? D'accord il faut un cadre, mais un cadre où votre enfant trouve des repères, de la sécurité, de la liberté et surtout de l'amour ! Je m'explique.

Est-ce si grave que votre enfant prenne sa douche avant de faire ses devoirs ? Pour vous peut-être, ça bouscule vos habitudes, mais tant que la douche est prise et que les devoirs sont fait... Est-ce dramatique que votre enfant ne dorme pas dans le bon sens dans son lit ? Pour vous peut-être, mais il y a-t-il un sens ? Et lui, il fait sûrement de plus jolis rêves lorsqu'il dort dans ce sens là... Est-il important que les dents soient brossées avant de s'habiller le matin? Oui parce qu'il risque de mettre du dentifrice sur son tee-shirt tout propre. Peut-être n'a-t-il qu'un seul tee-shirt dans son armoire, et encore, où est le problème, le dentifrice se lave très bien en frottant un peu ? Tout ça pour vous dire que ce sont nous, adultes, qui faisons de tous ces « rituels » du matin ou du soir, de la journée, des moments stressants et conflictuels. Faites confiance à votre enfant, laissez-lui choisir de temps en temps l'ordre des événements et la façon de réaliser les « tâches » quotidiennes. C'est le résultat qui est important pour vous. Pour lui, c'est le chemin qu'il aura parcouru pour y parvenir qui le fait grandir, qui lui donne confiance en lui.

Et qu'en est-il des punitions ? Rappelez-vous de vos punitions lorsque vous étiez petit(e), qu'en avez-vous retenu ? Comment vous sentiez-vous ? Ne vous est-il pas arrivé, pendant que vous étiez seul(e) dans votre chambre, d'avoir envie d'écrire une lettre ou de faire un dessin pour votre papa/votre maman en imaginant que la punition serait levée ?

Là où je veux en venir, c'est que la punition est plutôt négative (je vous invite à regarder la définition dans plusieurs dictionnaires). Je vous propose alors de parler de sanction. La sanction est une conséquence, bonne ou mauvaise, d'un acte (Larousse). Pour appuyer la différence entre la punition et la sanction : on punit une personne et on sanctionne un acte. Pour être encore plus positive, je vous propose de remplacer la sanction par la conséquence (les canadiens utilisent ce terme depuis plusieurs années déjà). La conséquence a un lien avec l'acte. Quel est le rapport entre « tu as tapé ton frère » et « tu vas dans ta chambre » ? Il n'y en a pas. La punition semble donc injuste pour l'enfant. Vous allez entrer dans une relation de conflit, de loi du plus fort, faire naître un sentiment de rébellion, de violences physiques ou verbales même parfois, qui augmentent crescendo sans que vous ne compreniez vraiment pourquoi, ou au contraire de dévalorisation, d'humiliation. Dans cet exemple, vous ne condamnez pas l'acte, mais l'enfant en entier, vous condamnez sa personne. Sa personne toute entière n'est plus valable à vos yeux parce qu'il a fait une erreur, une seule erreur. C'est très violent dans sa tête d'enfant immature. Immature donc spontané, ne l'oublions pas. Un enfant ne peut comprendre une règle que si, et seulement si, il y a une conséquence lorsqu'il ne respecte pas la règle.

Ici, je souhaite vous amener vers une réflexion plus positive. Je vous propose de profiter de cette période particulière pour en expérimenter les bienfaits (ou non, mais je ne laisse pas de doutes à la réussite de cette expérience).

Il s'agit de définir correctement le cadre de vie bienveillant, les règles du savoir vivre si vous préférez, avec votre enfant, avec l'ensemble de la famille. Ce que l'on peut faire à la maison, en respectant chacun des membres de la famille. Vous pouvez en faire plusieurs, pour la période scolaire, pour la période des vacances, pour le week-end.

Il est préférable de mentionner ce qui est permis : « ne pas se fâcher pour aller au lit» deviendra « J'ai 6ans, je vais me coucher à 20H00 » ou « J'ai 10ans, je vais me coucher à 20H30 ». Oui, vous pouvez faire des différences entre vos enfants, vous devez même. Ils n'ont pas le même âge donc pas les mêmes besoins, pas les mêmes privilèges et donc pas le même cadre. Les enfants ont besoin de savoir qu'ils grandissent.  Pour continuer cet exemple, instaurez un rituel du coucher agréable avec une histoire par exemple ou une musique douce que vous restez écouter avec lui. Si le coucher est compliqué, dans un premier temps annoncez-lui qu'il a le choix de décider entre se coucher tout seul sans se fâcher et avoir une histoire ou se fâcher donc il y aura des conséquences. Ensuite posez la (ou les) conséquence(s) "Tu as choisi de te fâcher, je ne te lirais pas d'histoire ce soir. Ton comportement m'a contrarié", fermez la porte de sa chambre et partez. N'hésitez pas à exprimer votre ressenti. Ne lâchez pas, même si votre enfant entre en négociation. Faites le point avec lui plus tard sur ce qu'il a appris de cette expérience.

Il y a aussi les conséquences naturelles. En s'énervant, votre enfant se cogne le pied. Ne dites rien, ou juste "oui j'ai vu que tu t'étais fâché, que tu t'étais cogné, tu dois avoir mal". Vous pouvez exprimez votre empathie, au contraire, cela ne veut pas dire pour autant que vous valider son comportement.

Si vous rencontrez une situation qui n'a pas été évoqué lors de la conception du cadre, prenez la meilleure décision pour vous sur le moment. Soit vous décidez d'une conséquence cohérente et annoncez que pour le moment c'est comme ça, soit vous proposez à votre enfant de réparer. Puis, vous en reparlerez tous ensembles pour trouver la meilleure solution lorsque cette situation se représentera.

Votre enfant va très vite comprendre ce que réparer signifie. Le cadre de vie bienveillant construit en famille, est un contrat de confiance entre tous les membres de la famille. Sortir du cadre, c'est donc trahir la confiance des autres membres de la famille. Et ça votre enfant ne veut pas. Il ne veut pas par peur de perdre votre confiance, votre amour. S'il choisit de vous faire un dessin, sachez que ce n'est pas simplement un dessin pour lui, c'est une nouvelle signature de ce contrat de confiance entre vous. Acceptez-le ce dessin. Vous savez, ce dessin que vous aussi vous aviez fait après avoir été puni lorsque vous étiez petit(e), que votre maman ou votre papa a à peine regardé en vous disant "pas maintenant, là tu es puni". Souvenez-vous de ce que vous aviez ressenti à ce moment là. Ce n'étais pas agréable, peut-être même dévalorisant ou humiliant pour certains d'entre vous. Un dessin est une réparation et cela suffit, il est inutile d'ajouter une punition derrière, surtout quand elle n'a rien à voir avec l'acte commis par l'enfant, ne l'oublions pas.

Enfin, pour que cela fonctionne, il est impératif que tous les membres de la famille respecte le cadre, même vous parents. Chaque personne qui sort du cadre doit en accepter les conséquences. Vous pouvez aussi instaurer, dans certaines situations, que chaque personne qui respecte le cadre subisse alors une conséquence positive, mais toujours cohérente bien sûr. Il est important aussi que ce cadre contienne des idées de tous les membres de la famille, même celles des plus petits et même si pour vous, c'est un peu « inutile » parfois. Pour finir, il est important de le mettre à jour, car vos enfants grandissent, mais de garder le même cadre pour vos enfants aux mêmes âges.

A vous de jouer maintenant ! N'hésitez pas à me partager vos expériences, j'ai hâte de vous lire et d'échanger avec vous !

Amélie MAINGUY, Consultante en communication positive et bienveillante, le 08 avril 2020

Inspiré par « Punition, sanction, réparation : vers une autorité positive », conférence d'Agnès Dutheil