La colère, comment faire face à celle de nos enfants ?

12/02/2020

N'avez-vous pas entendu, souvent, de vous-même ou dit d'une personne de votre entourage "il/elle s'énerve tout le temps" ? Pour ma part, tellement de fois j'ai entendu ça de moi ! J'ai pensé un moment que je n'étais pas "normale", qu'il fallait que je prenne sur moi. Plus je prenais sur moi, plus je m'énervais à un moment anodin qui ne méritait pas autant de colère. Et plus mon entourage me disait que je m'énervais pour tout et pour rien.

Puis, dans mon parcours de vie, j'ai commencé à travailler sur la gestion des émotions, j'ai appris et compris beaucoup. Je pense que ce choix dans ma carrière professionnelle n'est pas un hasard, j'avais besoin de comprendre des choses sur moi et sur mes relations aux autres. J'ai été ou je me suis enfermée, ou les deux, dans une case avec d'énormes étiquettes "chiante", "susceptible", "impatiente", "exigeante", "colérique". Aujourd'hui je suis juste moi avec mes émotions et je les exprime. Bien sûr, toutes les personnes de mon entourage ne sont pas aptes à les recevoir, malheureusement. Cela s'apprend. Il en est de même lorsque vous vous sentez dépassé(e)(s) par les colères de vos enfants. Je vous explique tout ça en quelques mots.

D'après Isabelle Filliozat il existe trois types de colères qui surviennent lorsque l'on est enfant : les colères de décharges, les colères d'affirmations de limites personnelles et les colères de frustrations. Elles sont toutes légitimes ! Notez bien ceci, la colère est légitime et nécessaire (comme toutes les émotions). Elle permet la réparation face à l'impuissance, au manque de respect, au dépassement des limites personnelles, et surtout elle est nécessaire à la construction de soi.

Le cerveau d'un enfant est immature et la colère n'est que l'expression d'un « deuil » amplifié par cette immaturité. C'est ce que l'adulte nomme "des caprices". Et bien non, les colères de votre enfant ne sont pas des caprices. C'est ce qui lui permet d'exprimer un besoin non entendu, de fixer ses propres limites, d'accepter la frustration, de se défendre. Des colères non entendues par l'adulte peuvent façonner chez l'enfant l'idée qu'il dérange, qu'il ne mérite pas d'être aimé, écouté ou aidé, qu'il ne sait pas se défendre face aux abus.

Comment y faire face ? Le punir lorsqu'il se met en colère ? Non. Et vous allez vite comprendre ce que je vais vous dire. Lorsque vous punissez un enfant en pleine crise de colère, vous instaurez un rapport de force avec lui, c'est le plus fort qui l'emporte. Au fur et à mesure de son évolution, il va prendre ce schéma comme exemple et développer une certaine violence (physique ou verbale) lorsqu'il sera face à un conflit. C'est ce que vous lui aurez appris, sans le vouloir. Il est évident que pour la majorité d'entre nous, c'est ce que nous avons appris également sans nous en rendre compte. Et aujourd'hui, même si l'on ne tape pas ses collègues de boulot à chaque réunion, il est très naturel de tenter de parler plus fort pour être entendu et avoir le dernier mot lors d'un désaccord sur un dossier. Que faire pour mon enfant ?

C'est là qu'il faut puiser au fond de vous de la patience et de l'empathie. Pas facile lorsque la fatigue est là, évidemment, mais vous gagnerez du temps de conflit, et ça c'est plutôt positif. Pour vous encourager à adopter ce comportement, qui vous demandera certains jours un effort considérable, dites-vous que l'enfant se sent assez en sécurité pour relâcher les tensions et libérer son expression émotionnelle avec vous et que, par conséquent, vous êtes une de ses principales figures d'attachement (je consacrerais également un article aux liens d'attachement prochainement).

II est possible d'exprimer la colère sans porter atteinte à l'intégrité des autres, sans se mettre en danger, sans mettre en danger les autres, sans agresser les autres. Selon le degré de colère vous pouvez proposer à l'enfant de sortir de la pièce, prendre de grandes respirations, exprimer ce qui se passe au fond de lui en criant ou dessinant ou en déchirant du papier ou avec des mots, en jetant des cailloux dans le sac à colère, lui donner 1 minute, pas une seconde de plus pas une seconde de moins, pour dire des gros mots, proposez-lui un coussin de colère qu'il peut frapper, jeter ou mordre selon son envie. Proposez-lui quelque chose qui lui permet de libérer sa colère. Ensuite, lorsqu'il a terminé et que vous sentez que le calme revient, posez des mots sur ce qui vient de se passer, dites-lui que vous avez bien entendu et vu sa colère "j'ai vu que cela t'as mis en colère […]". Mettre des mots sur la raison de la colère en se montrant empathique "[…] toi tu aurais préféré être assis à côté de papa". Selon son âge, l'enfant aura besoin de parler à son tour ou tout simplement d'un gros câlin (libération de l'ocytocine, hormone du bien-être). Lorsqu'il ne s'agit pas de vos propres enfants et que vous souhaitez lettre une distance, un regard attentif, empathique et tendre est déjà un bon commencement.

Mais quand il a fait une bêtise et qu'il se met en colère parce que je le gronde ? Quand il a tapé son frère lors de sa colère ? (Dans un prochain article, je vous développerais les comportements inappropriés des enfants pour se faire entendre comme faire une bêtise ou taper un autre enfant). Il est évident qu'il ne faut pas hésiter à redéfinir le cadre, à manifester votre désaccord lorsque le calme et le lien sont revenus. « Je ne suis pas d'accord pour que tu tape ton frère, ni les autres enfants, il y a ton coussin de la colère si tu veux te défouler » « moi, ça me met en colère lorsque tu tape ton frère, il y a d'autres façons de montrer que tu es énervé ». Il faut toujours lui proposer une autre alternative. Puis, invitez-le à réparer. N'attendez pas forcément de votre enfant qu'il dise "pardon" ou "je m'excuse", ce n'est pas nécessaire et ça n'a pas beaucoup de sens pour lui. Il peut s'excuser avec ses mots à lui « je ne voulais pas te taper mais tu m'as mis très en colère » ou un câlin spontané, laissez votre enfant "s'excuser", donc réparer, comme il le souhaite. S'il a cassé un objet, invité le à ramasser les "dégâts" avec vous. 

Et si jamais vous perdez patience, vous avez le droit, vous pouvez toujours enclencher ce processus dans un second temps et lui dire "je ne voulais pas te crier dessus mais ce que tu as fait m'a mise en très en colère". Puis par étape, vous pouvez démarrer l'accompagnement de la gestion de la colère: expression, compréhension, réparation. 

Pour vous accompagnez en toute sérénité, je vous propose le yoga des émotions en duo avec votre enfant.

Alors, convaincu(e)? 

Amélie MAINGUY, consultante en communication positive et bienveillante

Inspiré par "Au cœur des émotions de l'enfant" d'Isabelle FILLIOZAT et "Aidez votre enfant à gérer ses émotions" de Stéphanie COUTURIER.