Lien d'attachement: le porte-avions et l'avion

12/09/2020

Anne RAYNAUD, médecin et psychiatre, fondatrice de l'institut de la parentalité, illustre la figure d'attachement, un adulte, le plus souvent, qui prend soin de l'enfant, par le porte-avions et l'enfant par l'avion. En effet, cette image permet de mieux comprendre les enjeux de l'attachement, de la figure d'attachement lorsque l'on est parent, professionnel de l'enfance ou accompagnant tel que thérapeute ou psychologue par exemple.

Nous le savons aujourd'hui, le cerveau d'un enfant est immature et termine sa construction vers l'âge de 25ans en moyenne. Pour l'enfant, comme pour beaucoup d'adulte finalement, tout ce qui est inconnu est souvent source d'inquiétude et de peur. Les différentes transitions peuvent également être une source de stress. Enfin pour tout « danger » rencontré dans une journée de 24h, il est important pour l'enfant d'avoir un « endroit ressource », où il est sûr de pouvoir trouver la sécurité et le réconfort dont il a besoin à tout moment. Ce petit avion a donc besoin de se poser dans un endroit sécurisant pour faire le « plein ».

C'est ici que rentre en action le porte-avions, l'adulte auquel l'enfant peut se référer. Il s'agit souvent de son papa ou de sa maman. Mais cela peut aussi être la nourrice, la dame de la crèche, la maîtresse, l'éducateur, un membre de la famille d'accueil. Dans une seule et même journée, en plus du porte-avions principal, l'enfant devra se trouver de nouveau porte-avions pour se poser lorsque celui-ci sera « loin ». Cette identification des différents porte-avions arrive à son apogée vers l'âge de trois ans : Je reconnais mes différents porte-avions, je peux m'en éloigner et y revenir dès que je ressens le besoin de me sécuriser.

La réponse du porte-avions est donc déterminante dans la construction du lien d'attachement, cela agir sur leur développement. Un lien sécure va permettre l'enfant de développer sa confiance en lui, de pouvoir demander de l'aide lorsqu'il le souhaite à l'inverse d'un lien désorganisé.

L'attachement sécure

A chaque fois que le petit avion manifeste de la détresse il trouve du réconfort dans son porte-avions, principal ou secondaire. Le porte-avions se montre alors accessible, disponible et sensible pour que le petit avion se pose. L'adulte va pouvoir l'écouter, entendre et répondre au besoin de l'enfant. Plus ce scénario se répétera, plus l'enfant va avoir confiance en son porte-avions. Il va donc pouvoir développer sa propre confiance en lui et enregistrer qu'il peut demander de l'aide à chaque fois qu'il en a besoin.

L'attachement insécure évitant

C'est lorsque le porte-avions, bien souvent sans s'en rendre compte, va « repousser » la petit avion car il n'est pas disponible au moment où il en a besoin. Soit parce qu'il est occupé psychiquement par autre chose, soit parce qu'il a déjà plusieurs petits avions sur le pont par exemple. Les enfants qui rencontrent trop souvent ce genre de porte-avions vont développer rapidement une grande autonomie mais aussi une faible estime d'eux même, se sentant seuls et incompris.

L'attachement insécure ambivalent

C'est lorsque le porte-avions est disponible, de temps en temps mais pas toujours. L'enfant n'est pas capable de détecter si le porte-avions est disponible. Il va parfois se heurter à un refus, se faire « rejeter » et parfois il va pouvoir se ressourcer. Il va donc adopter des comportements provocateurs soit pour tester si l'atterrissage est possible, soit pour attirer l'attention de son porte-avions et le rendre disponible. La réponse la plus courante du porte-avions, de l'adulte, est alors d'éloigner le petit avion, l'enfant. Cette réponse va alors augmenter l'angoisse de l'enfant et/ou augmenter l'intensité du comportement provocateur, inapproprié. L'enfant ne va pas comprendre pourquoi son porte-avions n'est pas disponible aujourd'hui et le rejette alors qu'il était disponible hier. Il va donc osciller entre « je vais bien » et « je vais mal, regarde-moi » comme son porte-avions oscille entre « je suis là pour toi » et « je n'ai pas le temps pour toi ».

L'attachement désorganisé

Ici c'est le porte-avions lui-même qui devient la menace du petit avion. Un excès d'attention et d'amour va être suivi d'une ignorance totale puis de nouveau suivi par un moment d'attention et/ou d'amour sans que le petit avion ne l'ait forcément demandé. Le porte-avions est à la foi réconfortant et dangereux, l'enfant ne comprend pas. Il peut alors, en grandissant, développer des troubles psychologiques et psychiatriques.


Pour être ou devenir un porte-avions fiable pour nos petits avions il est important d'être accessible, disponible et sensible ainsi que cohérent prévisible et stable. Le petit avion doit pouvoir se poser n'importe quand et recevoir une réponse compréhensible et rassurante. Il n'est pas toujours évident dans notre vie d'adulte d'être tout ceci en même temps. Surtout lorsque nous-mêmes nous n'avons pas eu de porte-avions fiable pour nous construire. Lorsque nous ne sommes pas disponibles il est essentiel pour l'enfant de pouvoir compter sur un autre porte-avions, vers lequel nous pourrons « l'envoyer », qui prendra le relais. Ce qui est souvent difficile dans les familles monoparentales. Il est donc important, lorsque l'on est porte-avions, de savoir demander de l'aide dès que nous nous sentons en difficultés avec nos petits avions.

Avez-vous déjà été accompagné sur ce vaste océan de la construction du lien d'attachement ?

Inspiré par « La sécurité émotionnelle de l'enfanté », Dr Anne RAYNAUD et Catherine GUEGUEN

Amélie MAINGUY, Consultante en communication positive et bienveillante, le 12 septembre 2020.